Les routes des vins en France : itinéraires et étapes incontournables
Posté le 2 mars 2026 • 8 minutes • 1531 mots
Sommaire
Septembre, quelque part en Alsace. La brume traîne encore sur les coteaux, les grappes dorées pèsent dans les vignes, et au détour d’un virage - un village à colombages, comme posé là par accident, avec son clocher qui dépasse des toits. On pousse la porte d’une cave, et cette odeur vous saisit : le riesling qui fermente, le bois vieux, quelque chose de frais et de vivant à la fois. C’est ça, les routes des vins françaises. Des kilomètres de terroir, de patience, de gens qui n’ont pas lâché l’affaire.
L’Alsace, pionnière des routes des vins
C’est l’une des pionnières : 1953, seize ans après la Route des Grands Crus de Bourgogne. 170 kilomètres de Marlenheim à Thann, plus de 70 villages viticoles accrochés aux contreforts des Vosges. Visuellement, c’est un régal - les pans de bois, les géraniums partout aux fenêtres, et ces ruines de châteaux qui surgissent sur les éperons rocheux quand on ne les attend plus.
Faites une halte à Riquewihr - classé parmi les Plus Beaux Villages de France, le bourg a gardé ses caves du XVIe siècle avec des foudres centenaires qu’on dirait tout droit sortis d’un film. Eguisheim, le berceau du vignoble alsacien, vaut le détour pour ses ruelles en colimaçon et ses domaines familiaux où le gewurztraminer sent le litchi et la rose, sans forcer. Et puis Colmar, évidemment : le marché couvert déborde de munster bien fait, de bretzels, de kougelhopf - et un pinot gris vendanges tardives pour accompagner tout ça, c’est le bonheur.
Le conseil du voyageur : privilégiez les mois de septembre et octobre, lorsque les vendanges animent les villages et que la lumière d’automne embrase les vignobles.
La Bourgogne, mosaïque de climats prestigieux
De Dijon à Santenay, 60 kilomètres de parcelles classées UNESCO depuis 2015 : c’est la Route des Grands Crus de Bourgogne, que certains appellent « les Champs-Élysées du vin » - et franchement, le surnom n’est pas volé. Petite précision pour éviter la confusion : ici, quand on parle de « climat », on ne parle pas de météo. Un climat bourguignon, c’est un lopin de vigne délimité au mètre près depuis des siècles, et chacun donne un vin différent. Oui, chacun.
Gevrey-Chambertin, Vosne-Romanée, Pommard - rien que les noms, ça fait rêver. Mais attention : la Bourgogne, ce n’est pas que ses étiquettes à mille euros. À Beaune, les Hospices valent à eux seuls le déplacement. L’Hôtel-Dieu a été fondé en 1443, et sa vente de vins aux enchères, lancée en 1859, est la plus ancienne vente caritative du genre au monde - excusez du peu. Et les toits de l’Hôtel-Dieu, avec leurs tuiles polychromes en motifs géométriques, on ne s’en lasse tout simplement pas.
Si vous cherchez un coin un peu plus tranquille, filez vers la Côte Chalonnaise. Mercurey, Givry, Rully : des vins franchement bien fichus à des prix encore raisonnables, et un paysage bucolique épargné par les cars de touristes.
Bordeaux et la rive droite, un vignoble aux mille visages
Six routes des vins officielles, plus de 100 000 hectares de vignes : le Bordelais, c’est un monde en soi. La rive gauche - Médoc, Graves, Sauternes - garde la mainmise sur les grands crus classés en 1855, d’accord. Mais la rive droite, croyez-moi, n’a rien à lui envier côté découvertes.
Saint-Émilion, impossible de faire l’impasse - classé UNESCO, et on comprend vite pourquoi. Les vins, charnus et soyeux, jouent la carte du merlot. Mais la ville elle-même vous happe : une église monolithe taillée dans le calcaire au XIIe siècle, des kilomètres de galeries souterraines… Prenez le temps de déjeuner sous les remparts. Une lamproie à la bordelaise, des cèpes poêlés, et un saint-émilion grand cru aux tanins bien fondus - là, vous tenez quelque chose.
Bien moins couru, le Blayais-Bourgeais mérite pourtant le crochet. On y roule entre coteaux vallonnés, moulins à vent et petits domaines familiaux. Les côtes-de-bourg - rouges profonds, bien fruités - avec un plateau de fromages du Sud-Ouest, c’est un de ces accords simples qui vous marquent.
La Vallée du Rhône et la Provence, du Septentrion au littoral
Cap au sud de Lyon : la Route des Vins de la Vallée du Rhône file vers la Méditerranée sur à peu près 200 kilomètres. La partie nord, c’est du costaud - des coteaux abrupts, presque vertigineux, d’où sortent des syrahs d’une intensité folle : Côte-Rôtie, Hermitage, Cornas. À Tain-l’Hermitage, montez sur la colline de granit qui surplombe le Rhône. La vue est à couper le souffle, et la maison Chapoutier travaille là en biodynamie sur des terrasses de pierre sèche que des générations de vignerons ont remontées pierre après pierre.
En descendant, le vignoble s’ouvre. Châteauneuf-du-Pape et ses fameux galets roulés - ces grosses pierres rondes qui captent la chaleur du soleil toute la journée et la restituent aux raisins la nuit venue. Le résultat : des assemblages de grenache, mourvèdre et syrah, puissants et d’une complexité dingue. Du château médiéval, il ne reste qu’un pan de mur solitaire, mais quel panorama - des vignes, rien que des vignes, jusqu’à la ligne d’horizon.
Et si vous poussez jusqu’en Provence, le décor change : garrigues, lavande, pins parasols. L’appellation Bandol, calée contre les collines au-dessus de la Méditerranée, offre un luxe rare - goûter un rosé de mourvèdre les pieds dans le sable, le regard perdu dans le bleu. Difficile de trouver mieux pour conclure un périple viticole.
Préparer votre périple œnologique
Quelle que soit la région choisie, quelques principes transforment un simple trajet en véritable expérience sensorielle. Roulez lentement : ces routes ne sont pas des autoroutes mais des chemins de traverse, pensés pour la flânerie. Réservez vos visites de domaines à l’avance, surtout entre juillet et octobre - les vignerons apprécient cette courtoisie et vous accorderont davantage de temps.
Hébergements : les chambres d’hôtes au cœur des domaines viticoles offrent une immersion incomparable. En Alsace, les winstubs proposent souvent quelques chambres au-dessus du restaurant. En Bourgogne, les maisons vigneronnes reconverties allient cachet patrimonial et confort moderne.
Budget : comptez entre 5 et 15 euros par dégustation commentée. Chez les petits domaines familiaux, on goûte le plus souvent sans rien payer. Rien n’oblige à acheter, bien sûr. Mais repartir avec deux ou trois bouteilles, c’est la politesse du lieu, et franchement le meilleur souvenir qu’on puisse ramener.
Des routes des vins balisées, il y en a plus de trente en France, du Jura au Languedoc, de la Champagne à la Corse. Chacune porte la mémoire de siècles de viticulture et l’empreinte d’un paysage unique. Reste à choisir votre point de départ - ou mieux encore, à ne jamais vraiment choisir, et à toutes les parcourir, une saison après l’autre.
L’essentiel
- Route des Vins d’Alsace : créée en 1953, 170 km de Marlenheim à Thann
- Route des Grands Crus de Bourgogne : la plus ancienne de France, créée en 1937, 60 km de Dijon à Santenay, climats classés à l’UNESCO depuis 2015
- Hospices de Beaune : fondés en 1443, vente des vins aux enchères depuis 1859
- Bordelais : plus de 100 000 hectares de vignes et six routes des vins, de Saint-Émilion au Blayais
- Vallée du Rhône : environ 200 km de Lyon à la Provence, de Côte-Rôtie à Châteauneuf-du-Pape
- Dégustations : de 5 à 15 € la dégustation commentée, souvent gratuite chez les domaines familiaux
- Meilleure saison : septembre et octobre pour les vendanges, réservation conseillée de juillet à octobre
- En France : plus de trente routes des vins balisées, de la Champagne à la Corse
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour faire la route des vins d’Alsace ?
Trois jours, c’est l’idéal pour ne pas courir. Posez vos valises à Colmar et rayonnez : le nord le premier jour, le centre ensuite, le sud pour finir. En deux jours, on s’en tient à la partie la plus célèbre, entre Ribeauvillé et Eguisheim. Au-delà, vous aurez le temps de monter vers les châteaux et de pousser la porte de plus petits domaines.
Peut-on faire la route des vins d’Alsace à vélo ?
Oui, et à notre goût c’est même la meilleure manière de la faire. Une véloroute balisée suit le vignoble au pied des Vosges, sur de petites routes et des chemins entre les rangs. Le relief reste modeste, mais certaines montées vers les villages perchés piquent un peu : le vélo électrique, que l’on loue facilement à Colmar ou Obernai, rend service. Et gardez les dégustations pour l’étape du soir.
Quel itinéraire suivre sur la Route des Grands Crus de Bourgogne ?
On part de Dijon, cap au sud, par la D974. D’abord la Côte de Nuits, avec Gevrey-Chambertin, Vougeot, Vosne-Romanée, Nuits-Saint-Georges. Puis Beaune, et la Côte de Beaune qui s’ouvre : Pommard, Volnay, Meursault, Puligny-Montrachet, et Santenay tout au bout. Deux jours suffisent, trois si vous comptez vous arrêter souvent.
Quelles sont les routes des vins en France ?
Presque chaque vignoble a la sienne. L’Alsace et la Bourgogne tiennent le haut de l’affiche, suivies du Bordelais, de la Champagne et de la vallée du Rhône. Mais le Jura, la Loire, le Languedoc, la Corse ont aussi balisé leurs itinéraires. Plus d’une trentaine en tout, certaines célèbres, d’autres connues seulement des gens du coin.
